Je crains qu’avec le temps, la solitude ne devienne irrémédiable. Les années passent, emportant dans leurs flots, des morceaux de beauté.
Ici, la vivacité, ici, la souplesse, là, l’éclat de la peau. Il ne reste plus rien pour attirer à moi, l’être convoité.
Et cette habitude, de liberté; j’y tiens. En fait, je voudrais seulement la partager, avec quelqu’un.
Toujours dans la folie, l’impossible, le paradoxe, je veux tout à la fois; je finis sans rien.
Je n’attends pas, je surveille. Je ne chasse pas, j’attrape au vol.
Qui m’a pris mes vingt ans? Qu’on me redonne mes vingt ans! j’exige mes vingt ans, sur le champ.
C’est là, précisément, qu’ils sont restés, mes vingt ans; sur le champ de bataille.
Il me reste mes exploits et, mes défaites. L’exploit d’avoir survécu à mes défaites.
Des milliers de défaites, creusant les rides du visage,
ramollissant la peau du ventre, affaissant la glorieuse poitrine.
Ho! ma glorieuse poitrine, c’est toi, bien plus que mes vingt ans, qui me manque. Ma jambe parfaite, ma fesse altière, mon sein joyeux,
pour quel infâme dessein, m’avez-vous fuit.
Autrefois, chalutier, je rejetais à la mer, bien plus que je ne gardais. Maintenant, je pêche à la ligne, patiemment, et rien ne mord.
La rivière timide, dort, au soleil d’automne. Demain, elle sera gelée.
Qui, alors, soupçonnera que sous sa face immobile, coule l’histoire d’une vie?
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