À neuf, dix ou onze ans, tu rencontre ton premier p’tit mononc. Un monsieur bien gentil, patient avec les petits. Quand tes parents s’énervent il rassemble les enfants et les amène promener. Il joue, il rit, c’est un adulte différent. Ne crains pas, le p’tit mononc ne t’obligera jamais à faire ce que tu ne veux pas. C’est un guide, un éclaireur, tu iras de toi-même là où « il » veut. Il connaît tes mensonges et les garde sous clé. S’il te sens prête à te confier sur ses façons d’agir il caresse l’objet dont il est détenteur. Ce qui le rend heureux c’est ton malaise, ta honte qui devrait être sienne.
T’as quatorze, quinze ou seize ans, t’es frondeuse, tu connais la vie. Rien ne t’effraie. Tu as une belle carapace. Tu craches avant qu’on ne te gifle; tu méprises avant qu’on ne te jette. Parmi tout ces idiots, un se démarque sans bruit. Si tu l’as reconnu, lui t’avait repéré. Comme lièvre et renard, vous sillonnez les mêmes sentes. Tu sais bien ce qu’il veut et lui, sait que tu sais. Tiens donc, une clé! Mais où l’a t’il trouvée? Les p’tits mononcs ont toutes les clées, quitte à les falsifier.
T’as vingt, trente, quarante ans, te voilà très solide. Tu les vois venir de loin. Tu sais bien que leurs clés ne serviront à rien si le coffre est ouvert. Tu as pris l’habitude de vivre aux sus de tous. Avec leurs gros clin-d’oeil et leurs sous-entendus ils n’ont plus prise sur toi.
Les années passent encore, qui voudrait de ton corps? La triste vérité c’est que les charognards trouveront à se nourrir en plein coeur du désert. As-tu osé rêver? As-tu vraiment voulu? Ils ont tout deviné; tes souhaits, tes projets, ils n’en font qu’une bouchée. Si tu n’obéis pas, mononc va se fâcher.
Ô méprisables p’tits mononcs.
Monami, le chat un tantinet découragé











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